Ouvrage destiné aux enseignants français afin de leur présenter l'importance de l'éducation à la laïcité dans leurs cours. Comment aborder les religions, leurs textes, sans faire de cours de religion et dans un esprit d'impartialité ? Le document est illustré, entre autres, par les questions de genre et la problématique du créationnisme. Il ne reflète pas la vision belge de la laïcité, mais pose des questions intéressantes aux professeurs concernant leur honnêteté intellectuelle dans le traitement du fait religieux.

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L’ouvrage illustre la façon dont chaque personnel de l’éducation nationale peut se saisir de telle ou telle situation d’enseignement ou de vie scolaire pour expliquer aux élèves le sens, la valeur et les règles du principe de laïcité. L’objet de cet ouvrage, véritable banque de ressources, est ainsi de constituer une pédagogie de la laïcité à l’intention des personnels et, par voie de conséquence, à travers leur action, de conduire à une pédagogie de la laïcité à l’intention des élèves. Cet ouvrage a été rédigé par M.Abdennour Bidar, professeur de philosophie en classes préparatoires et été approuvé par une commission conjointe du Haut Conseil à l’intégration et de la direction générale de l’enseignement scolaire du ministère de l’Éducation nationale.

Lu sur http://archives.hci.gouv.fr, le 5 janvier 2015.


La différence majeure entre la vision de la laïcité belge et française peut sans doute se retrouver dans la formulation suivante (p. 35) :

L’école n’accueille pas de petits juifs, musulmans, chrétiens, athées, Français ou étrangers, elle accueille des êtres humains auxquels son enceinte impartiale garantit d’être traités par tous – personnels et élèves – selon une parfaite égalité de dignité et de droits. Voilà ce qu’il s’agit de faire valoir face à des violences perpétrées au prétexte de différenciations, discriminations, stigmatisations, qui n’ont pas lieu d’être, ni dans une société de droit en général, ni à l’école laïque en particulier, qui est à cet égard le creuset de la société de droit.

À l’extérieur de l’école, l’élève est protégé par la loi de la violence qui voudrait être commise au nom des appartenances ou des différences (violence ethnique, violence religieuse, etc.). Mais dans cet espace public général, la manifestation et la revendication des différences ou appartenances ne sont pas soumises à la même restriction qu’à l’école laïque. Grâce au régime propre de neutralité idéologique de son enceinte, l’élève y trouve une protection supplémentaire contre toutes les violences commises. Plus généralement, une autre différence s’observe entre l’école et la société, qui peut être thématisée avec les élèves. Partout ailleurs, dans le champ social, l’affirmation de ces différences et appartenances est plus libre. Or trop souvent, cela maintient les individus à une plus grande distance les uns des autres en les laissant se regrouper par communautés ou identités particulières.

Dans l’enceinte scolaire, au contraire, l’affirmation des différences et appartenances étant plus strictement règlementée, l’opportunité est offerte aux individus de se rapprocher davantage les uns des autres, de vivre pacifiquement les uns avec les autres, de se mélanger et de se rencontrer tous sans la limite imposée ailleurs par les distances sociales, culturelles, ethniques, religieuses ; de se parler et de se connaître quelles que soient leurs origines ou leurs croyances ; d’échanger et de partager au-delà de ces frontières habituelles ; d’apprendre à se connaître et à se reconnaître, de faire l’expérience de la tolérance et de la découverte, et de constater qu’ils peuvent non seulement se tolérer, mais vivre les uns avec les autres, apprendre les uns des autres, s’enrichir mutuellement. C’est ce que l’on pourrait appeler le bénéfice de l’invisibilité : les autres élèves ne sachant pas « qui je suis » et moi-même ne sachant pas « qui est untel », chacun apparaît comme également accessible à tous les autres. L’école est ce lieu où le sentiment et la perception de l’altérité de l’autre, voire de son étrangeté, sont réduits par l’exigence de neutralité imposée à tous.

Le défi du cours de religion belge se présente autrement : comment vivre ensemble non pas malgré nos différences, mais en s'enrichissant de l'altérité de chacun. Non pas la différence comme un obstacle, mais comme une chance. L'écart de conception est de taille.