Version imprimableSend by email

Vers l'artcile en pdf.

Comment parler de Noël ? Bien souvent, en décembre, nous risquons d’être submergés par les vagues folkloriques et surtout commerciale : il arrive ainsi que certains enfants confondent la fête de Noël avec les achats au « marché de Noël », organisé parfois par l’école même au départ de quelques bricolages et productions d’élèves. (L’origine de ce type de marché artisanal organisé pendant l’Avent se situe en Allemagne.)

 

Clé 1. Débroussailler les signes extérieurs de Noël

L’arbre, le sapin et ses cadeaux : l’arbre vert, signe de vie au cœur de l’hiver, les cadeaux en étant comme des fruits. Le cougnou aussi, ce pain en forme de bébé, dont chacun va pouvoir se nourrir…

Le Père Noël, importé des États-Unis, amplifié par les publicités de Coca-Cola vers 1935, est en fait dérivé d’une représentation de Saint Nicolas (« Santa Claus »).

La date du 25 décembre a été fixée au IVe siècle à Rome, en surimpression d’une fête du Soleil Victorieux (au solstice d’hiver) : les chrétiens manifestaient ainsi leur foi en Jésus, vraie Lumière pour le monde.

Historiquement, rien ne permet de préciser à quel moment de l’année Jésus est né. Tout au plus peut-on imaginer que, si les bêtes étaient aux champs, il ne devait pas faire trop froid...

Quant à l’année de la naissance, précisons que le calendrier chrétien, instauré plus de 500 ans plus tard, a fixé l’évènement en l’an 1, alors que le roi Hérode est mort 4 ans avant. L’on s’accorde généralement à dire que Jésus doit être né vers -6. (Ajoutons que l’idée même de l’an zéro ne pouvait pas exister, puisque ce concept mathématique nous est venu par les Arabes, à partir du VIIe siècle.)

L’appellation française Noël (qui a aussi servi de cri de joie populaire en France) vient du latin « (Diem) Natalem »  qui veut dire «(Jour) natal, de naissance » (dès le XIIe siècle : Naël, puis Noël).

Des prénoms comme Noël, Marie-Noëlle, Natalie, Nathalie, Nat... se rattachent bien sûr à cette fête.

Au moment de préparer Noël, souvenons-nous que les chrétiens chaldéens, par exemple, qui ont la même date que nous, sont en période de « carême », de jeûne préparatoire : un « gouter de Noël » serait-il donc bienvenu pour eux, avant la fête ?…

Les Orthodoxes ont leur célébration de Noël à notre 7 janvier, car ils sont restés fidèles au calendrier julien, alors que nous suivons depuis le XVIe siècle le calendrier grégorien; leur grande fête de la Théophanie (centrée sur le Baptême du Christ) est fixée au « 6 janvier » (qui correspond à notre 19 janvier)…  

 

Clé 2. La crèche

La coutume s’est instaurée en Occident de représenter la venue de Jésus au monde dans une étable, couché dans une mangeoire (appelée aussi « crèche »). Quand, au XIIIe siècle, en plein essor commercial en Italie, François d’Assise a fait jouer ces rôles par quelques villageois, c’était pour faire ressentir par tous la pauvreté dans laquelle Jésus est né. Tous les décors qui ont pu y être adjoints n’ont fait bien souvent qu’atténuer ou obscurcir ce message, qui était une véritable catéchèse.

Parfois cependant ont pu être mis en valeur des éléments locaux d’incarnation ou d’inculturation, que ce soit dans des tableaux (comme le Dénombrement de Bethléem de Breughel), des vitraux ou des sculptures, ou encore des pièces de théâtre, des légendes ou des récits (comme les Santons de Provence ou le Kindeke Jezus in Vlaanderen).

A noter que l’âne et le bœuf viennent, eux, d’un évangile apocryphe relayé au XIIIe siècle par la Légende Dorée de Jacques de Voragine, mais ils peuvent rappeler la vision du prophète Isaïe (1,3) où Dieu dit : « Le bœuf reconnait son maitre et l’âne sa mangeoire, et Israël, mon peuple, ne me reconnait pas ! »

(Faut-il ajouter ici que si Jésus n’a pas été « mis à la crèche » au sens actuel de l’expression, comme le comprennent certains enfants, c’est bien de ce passage d’évangile pourtant que vient le nom de l’établissement d’accueil pour les tout petits ?)

Quant au Coran, il ne parle pas de crèche, mais Marie, miraculeusement enceinte, donne naissance à Jésus « dans un lieu éloigné », « au pied d’un palmier » (Sourate 19,22-23), et Jésus  parle aussitôt au nom du Seigneur.

 

Clé 3. Le récit évangélique de Luc

La seule narration dans les évangiles canoniques est celle de saint Luc (chap.2). Nous y voyons Joseph aller dans sa ville d’origine, Bethléem (où naquit David dix siècles plus tôt), pour un recensement, qui concernait essentiellement l’impôt; il aurait donc fort bien pu y aller seul. Mais l’évangile nous dit que « tandis qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où Marie devait enfanter » : on peut dès lors penser à un séjour qui se prolonge dans la famille de Bethléem, à partir du recensement. Nous savons tous très bien ce que veut dire l’hospitalité méditerranéenne.

 Si l’enfant est couché dans une mangeoire, c’est que, « pour eux, pas de place dans la grande salle » ou « la place n’est pas dans la salle ». Cela a  souvent fait  penser, chez nous (avec la Légende Dorée), à l’hôtellerie où se présentaient en vain les voyageurs, et de là à une catéchèse sur l’accueil. Mais remarquons que le mot rare traduit ici par « grande salle » ne reparait que dans une seule autre circonstance de toute la Bible : quand Jésus (en Luc 22) demande que l’on prépare pour lui et ses disciples la ‘salle’ en vue du repas de la Pâque, ce repas où lui-même se donnera à manger, sous la forme du pain (lui qui avait été mis dans la mangeoire comme en réserve, à Bethléem, « la Maison du Pain »). Toute une annonce de Jésus donné pour nous est ainsi déjà contenue dans ces quelques mots. (Serait-ce une origine du cougnou ?)

La double intervention angélique (« un Ange du Seigneur », puis « la troupe céleste ») met d’abord l’évènement en relation à l’Ancien Testament où les deux expressions sont fréquentes : c’est à la fois l’intervention de Dieu lui-même qui est ainsi soulignée et la portée universelle de la nouvelle révélée aux bergers.

Les seules « manifestations » qui accompagnent les anges sont la lumière et le chant, qui pourraient fort bien rejoindre et exprimer ce que ressentent les bergers à la perception d’un signe de Dieu dans leur vie et pour la vie du peuple. (En Ac 2, n’en va-t-il pas de même à la Pentecôte, où deux « manifestations », comme un vent violent et des langues de feu, rejoignent ce que vivent les disciples, bouleversés en profondeur et amenés à s’adresser à tout le peuple ?)

 

Clé 4. L’attente dans l’Ancien Testament

« Depuis plus de 4000 ans... » dit un cantique. En fait, l’attente messianique date de la période où les royaumes d’Israël et de Juda perdent leur autonomie, et où les prophètes invitent le peuple à mettre sa confiance en Dieu, et en l’envoyé de Dieu.

Cette attente a pris des formes plus spirituelles ou plus politiques selon les circonstances ;  on peut le constater chez les prophètes aussi bien que dans les Évangiles. Plusieurs expressions y font écho, chez Marie ou Jean-Baptiste, chez les disciples ou dans la foule : le roi d’Israël, le fils de David, le Messie ou Christ, le Sauveur, le nouvel Elie, le Fils de l’homme...

Toute ces dénominations illustrent ou expliquent à la fois l’accueil et le rejet de Jésus...

 

Clé 5. La Venue du Seigneur

Souvent, la fête de Noël nous fait penser à un récit, à un conte merveilleux, repris à l’occasion d’un anniversaire de naissance. En réalité, si nous nous mettons bien dans la perspective de la foi en Jésus ressuscité, il ne s’agit pas simplement du Seigneur qui «est venu », mais aussi du Seigneur qui « vient » et qui « viendra ».

Quand les disciples sont enfermés après la Passion, « Jésus vient », et il est là au milieu d’eux (Jn 20,26).

Dans le récit du jugement (Mt 25,37.44), tous sont étonnés et demandent : « Quand t’avons-nous vu ? Quand pouvions-nous te rencontrer ? » - « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait… » Le Seigneur vient vraiment dans notre vie de tous les jours, au moment où nous n’y pensons pas : dans telles rencontres, et dans tels sacrements.

 

Clé 6. Le Retour du Seigneur

« Le Seigneur viendra » est aussi à évoquer ici. On a associé l’expression à des représentations de fin du monde, de cataclysmes. Les images d’Apocalypse ne sont pourtant pas là pour faire peur, mais bien pour encourager : même si surviennent des catastrophes, ne perdez pas courage, relevez la tête ; le Christ a remporté la victoire sur le mal, vous pouvez y être associés. (Le mot grec apocalypse signifie bien « révélation ».)

Comment se fera ce retour du Seigneur ? Dans « la puissance et la gloire » : quel est ce rayonnement divin, sinon celui de la relation d’amour, de partage, de justice, de paix, de pardon ?...

« Quand cela se fera-t-il ? », demandent les disciples à Jésus ressuscité, en Ac 1,7-8. La réponse renvoie à notre vie de tous les jours : « Ne vous préoccupez pas des temps et des moments... Vous recevrez une Force... et vous serez mes témoins. »

Le « Retour du Seigneur » reste mystérieux. Mais sans doute importe-t-il pour notre foi que nous gardions la Venue au passé, au présent et au futur, sans nous enfermer dans aucun des trois, sans en rejeter non plus.

 

Clé 7. L’incarnation, une dimension de la vie chrétienne

On a déjà noté le souci d’actualisation présent dans certaines œuvres d’art : pensons par exemple au « Dénombrement de Bethléem » de Breughel, qui situe l’évènement dans son propre milieu du XVIe siècle.

D’une tout autre façon, les icônes de la Nativité, elles, tentent de présenter une synthèse de la foi, en associant mangeoire, autel et tombeau : naissance, eucharistie et résurrection. La Vierge Marie y occupe une place centrale, d’autant plus que toute une spiritualité, en Orient comme en Occident, l’identifie à l’Église qui continue à attendre Jésus, l’accueillir et le mettre au monde.

 

N’y a-t-il pas là une piste de réponse à la question de départ : comment parler de Noël ?

Reconnaitre et fêter que Dieu est au milieu des hommes, qu’il n’est pas lointain, « dans les nuages », qu’il s’est incarné, présent dans le tout-petit, nous pouvons le faire le 25 décembre. Mais ne serait-ce pas avant tout une dimension à souligner régulièrement et explicitement dans la vie de tous les jours ? Comme le rappelle l’évangile selon saint Matthieu (25,31-46) : « Ce que tu fais au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que tu le fais. » 

Et si nous croyons que dans ce petit, c’est la Parole de Dieu, le Verbe créateur, le Verbe de Vie qui se manifeste (Jn 1,14), quelle réponse lui donnons-nous ?

 

Christian DD, revu le 20.12.2012

Articles bibliques liés:

Étiquettes: