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Les mythes

Le mythe est un récit qui est situé « au commencement », c’est-à-dire hors du temps historique, et qui vise à expliquer ce qui est expérimenté dans l'histoire. En quelque sorte, il s'agit d'une réflexion de type philosophique ou religieuse en forme narrative à propos du monde et de l'être humain dans leurs fondements.

L'être humain est immergé dans un monde où bien des choses le dépassent : il ne les comprend pas, il n'a pas prise sur elles, et cela, aussi bien autour de lui qu'en lui et dans les groupes. Aussi, il éprouverait ce monde comme menaçant s'il n'y avait pas des points de repère qui le rassurent : le ciel ne va pas lui tomber sur la tête, les autres ne vont pas le tromper tout le temps, il ne va pas mourir s'il tombe amoureux, etc.

Dans la plupart des cultures anciennes (toutes ?), il existe des textes dont la fonction propre est de fournir des points de repères pour ordonner le réel tel qu'il est appréhendé et pour y situer l'être humain qui, sans cela, se trouverait perdu et sans pouvoir dans un monde qui le dépasse et qu'il ne comprend pas. Ces récits se réfèrent à un « Ordre » permettant à une société de durer. En cela, ils sont fondateurs (aux fondements).

Dès lors, le mythe n'est pas une histoire imaginaire, une fable un peu naïve venant d'une culture presque à l'état sauvage. C'est un récit où s'organise un cadre qui permet de saisir le monde où les humains se trouvent immergés. Ce cadre permet de repérer les divers éléments de leur monde, de les situer dans leurs relations mutuelles multiples et de décrire les lois qui président à ces relations. Il raconte un événement qui encode la structure du monde.

En général, les mythes situent aussi les êtres humains en parlant de ce qui leur arrive de fondamental mais aussi qui les perturbe : la naissance, la mort, le destin, l'amour, la sexualité ; le mal, la souffrance, la violence ; le travail, le manger, le vêtement.

Le fait de projeter à l'origine les faits racontés revient en réalité à condenser en un temps primordial, hors-temps, ce qui est censé échapper aux aléas de l'histoire (la méta-histoire, ou le trans-historique), à savoir ce qui apparaît fondamental, ce qui est perçu comme universel, valable partout et toujours. Il s'agit d'un ailleurs qui fonde l'ici, d'un autre-fois qui fonde le maintenant. Mais il faut bien voir que dans ces récits s’exprime la pensée, la vision d'un peuple déterminé et de ses sages !

Les mythes situent également ce monde par rapport aux dieux, c'est-à-dire ces forces qui dépassent l'humain, sur lesquelles celui-ci n'a pas prise et qui pourtant le déterminent ou l'influencent dans son existence. Ainsi, p. ex. le temps (qui passe ou qu'il fait)

Bref un mythe est un récit qui ordonne la réalité pour que les êtres humains composant une société puissent s'y retrouver, avoir un sens. C'est pourquoi, un mythe encode dans son récit les évidences indiscutées de la culture qui le produit. En cela, il a un côté conservateur. « Accepter totalement le mythe signifie nier tout intérêt au changement et à la contestation des valeurs établies. Vivre dans le mythe, c'est vivre sans révolte, accepter la loi du père qui est celle de la tribu. » (E. Enriquez)

 

Extrait d’un cours d’André Wénin donné à l’UCL en 1999



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