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Les quelques lignes qui suivent sont une invitation à revisiter nos parcours pédagogiques présentant les « Grands témoins ». Il ne s’agit pas d’une check-list dont chaque item devrait être coché pour vérifier la pertinence de nos parcours, mais d’une invitation à ouvrir, à se déplacer des lieux que nous fréquentons spontanément pour élargir notre perspective et donc, celle des élèves. Vers la fiche en pdf.

 

Les saints et autres grands témoins appartiennent à l’histoire de l’humanité. Ils sont nés à une époque et dans un lieu donnés ; contingences qui les marquent (et permettent parfois de mieux les comprendre) ; monde qu’ils marquent en retour. Certains d’entre eux ont une place dans nos livres d’histoire.

Ils sont également membres d’une Église qui les interpelle ou qu’ils interpellent en retour.

Ils s’inscrivent enfin dans l’histoire du Salut dont ils sont à la fois les acteurs et les témoins.

Quel regard ai-je tendance à privilégier ? Cela aura une influence directe sur les sources que je favorise lorsque je travaille avec les élèves. Pourquoi ne pas les varier ?

  • Les sources documentaires journalistiques, biographiques qui présentent des données historiques, le contexte de l’action. Elles pointent en général sur l’aspect caritatif et/ou humanitaire.
  • Les sources ecclésiales, lectures chrétiennes de la vie et de l’œuvre du personnage, parfois légende de saint. Elles pointent également sur la dimension spirituelle de l’action.
  • Les écrits, interview, prières, traités… de la personne elle-même, permettant de découvrir la motivation personnelle de l’action, ce qui la fonde et la nourrit.

D’un point de vue méthodologique, il est essentiel de prendre en compte le genre littéraire de la source lorsque je la travaille pour moi-même et avec les élèves. On ne lit pas une autobiographie, une légende de saint, un procès en béatification, un interview, de la même manière.

Donc, présenter un témoin, c’est non seulement présenter son action, mais également ce qui la fonde, et la nourrit, l’appel auquel elle répond et la force qui la motive.

 

De là découlent différents portraits possibles qui se fécondent mutuellement :

  • L’homme de bonté qui rejoint les valeurs universelles (lesquelles ?) ;
  • L’homme d’Église qui répond à un appel de sa communauté pour les besoins de son temps ;
  • L’homme de foi qui répond à un appel de quelqu’un pour le Salut.

 

L’Église reconnait comme saints ceux qui, avec leur personnalité et créativité propres, ont été image du Christ pour les femmes et les hommes de leur temps. Comment puis-je développer cet aspect avec mes élèves ? Plusieurs angles d’attaque sont possibles selon les groupes, leur âge et leur sensibilités. On va, en quelque sorte, rechercher les « ressemblances avec Jésus ».

  • En quoi actualise-t-il le message de l’Évangile pour les personnes de son temps ? Avec quelle fidélité ? Quelle originalité ?
  • Peut-on associer des passages d’évangile précis à certains événements de sa vie ?

Le témoin nous montre la vivacité toujours forte de l’Évangile pour son temps et notre temps. À chaque époque, il propose du « neuf » et du « beau ». On pourrait, donc, par exemple :

  • Découvrir en quoi il est témoin des valeurs évangéliques (l’amour inconditionnel, la priorité aux plus pauvres, l’ouverture à la Grâce, la joie, le pardon, l’humilité, le service…)
  • Découvrir ce qui est innovant, décalé, original, voire subversif par rapport aux façons de vivre et de penser de son temps ? (en ce compris face à son Église)

 

Même si beaucoup de saints sont des figures marquantes par leur force morale et leur courage, ce n’est pas là d’abord ce qui en fait des témoins. En effet, le côté extraordinaire ou « superhéros » pourrait même encourager le désengagement des gens « normaux » que nous sommes.

La sainteté ne consiste sans doute pas non plus d’abord en une perfection morale ou humaine. Gardons en tête les quelques idées suivantes et efforçons-nous de ne pas encourager certains clichés auprès de nos élèves.

  • Sainteté n’est pas perfection. Est saint celui qui répond à un appel. Quel appel ? Où puise-t-il sa force ?
  • Le combat du saint est tout autant spirituel que sociétal. Souvent, il vit une conversion forte qui invite d’autres à se convertir. À quelle conversion du cœur, de la pensée, de l’agir invite-t-il ?
  • En dehors du courage, ou du talent exceptionnel dont certains disposent, ne pas oublier de pointer la grandeur de l’amour.

En d’autres mots, pour reprendre les mots de Jean Vanier et de Mère Teresa, « Il ne s’agit pas de faire de grandes choses, mais de petites choses avec un grand amour. » Nous sommes tous appelés à devenir saints, à devenir témoins. Si c’est bien l’amour qui sauve, c’est dans le quotidien que se vit le salut.

 

Certains témoins ont fait ou font encore l’objet d’un culte, d’une vénération particulière qui dit quelque chose de la réception de leur vie dans le patrimoine culturel et spirituel de l’humanité. On pourrait par exemple découvrir avec les élèves :

  • une ou des œuvres dont il est l’auteur et qui nourrissent la réflexion, la prière et l’action encore aujourd’hui ;
  • un lieu de culte ou de pèlerinage particulier, une pratique religieuse qui lui est associée ;
  • de qui est-il le « saint patron » ;
  • quelles en sont les représentations statuaire, iconographique, photographique usuelles ;
  • s’il a marqué le langage, les expressions populaires…

 

Last but not least, nous devrions nous demander quel intérêt pédagogique la découverte de ce personnage a pour les enfants de cet âge-là. Toutes les grandes figures ne permettent pas une réappropriation intelligente et utile pour tous les âges et tous les milieux.

Quelle croissance humaine et intellectuelle est-ce que je vise lorsque je décide de travailler la découverte de ce témoin ?