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Questions pour entrer dans le texte :

1.   Que signifie l’affirmation selon laquelle Dieu est l’intériorité manifestée de l’homme ?
2.   Quelle ruse permet à la religion d’exister ?
3.   Quelle différence l’auteur induit-il entre philosophie et religion ?
4.   En quoi donc, peut-on dire que l’homme a créé Dieu à son image ?
5.   À quelle croyance du christianisme l’auteur fait-il référence lorsqu’il  dit que la religion adore l’homme ?

 

L’homme a créé Dieu à son image

(L. FEUERBACH, L’essence du Christianisme, présenté et traduit de l’allemand par J. P. Osier, Paris, Maspero, 1982.)

La conscience de Dieu est la conscience de soi de l’homme, la connaissance de Dieu est la connaissance de soi de l’homme.  À partir de son Dieu, tu connais l’homme, et inversement à partir de l’homme son Dieu : les deux ne font qu’un.  Ce que Dieu est pour l’homme, c’est son esprit, son âme, et ce qui est le propre de l’esprit humain, son âme, son cœur, c’est cela son Dieu : Dieu est l’intériorité manifeste, le soi exprimé de l’homme : la religion est le solennel dévoilement des trésors cachés de l’homme, l’aveu de ses pensées les plus intimes, la confession publique de ses secrets d’amour. 

Mais si la religion, consciente de Dieu, est désignée comme étant la conscience de soi de l’homme, cela ne peut signifier que l’homme religieux a directement conscience du fait que sa conscience de Dieu est la conscience de soi de son essence, puisque c’est la carence de cette conscience qui précisément fonde l’essence particulière de la religion.2 Pour écarter ce malentendu, il vaut mieux dire : la religion est la première conscience de soi de l’homme, mais indirecte. Partout, par suite, la religion précède la philosophie, aussi bien dans l’histoire de l’humanité que dans l’histoire de l’individu. L’homme déplace d’abord à l’extérieur de soi sa propre essence avant de la trouver en lui.3 La religion est l’essence infantile de l’humanité. […]

La religion, du moins la chrétienne, est la relation de l’homme à lui-même, ou plus exactement à son essence, mais à son essence comme à un autre être. L’être divin n’est rien d’autre que l’essence humaine ou mieux, l’essence de l’homme séparée des limites de l’homme individuel, c’est-à-dire réel corporel, objectivée, c’est-à-dire contemplée et honorée comme un autre être, autre particulier, distinct de lui, - toutes les déterminations de l’être divin sont donc des déterminations de l’essence humaine.4

 

La religion adore l’homme

(L. FEUERBACH, L’essence du Christianisme, présenté et traduit de l’allemand par J. P. Osier, Paris, Maspero, 1982.)

Ce n’est pas moi, c’est la religion qui adore l’homme, bien que la religion ou plutôt la théologie le nie ; ce n’est pas ma modeste personne seule, mais la religion elle-même qui dit : Dieu est l’homme, l’homme est Dieu ; ce n’est pas moi, c’est la religion qui désavoue et renie ce Dieu qui n’est pas l’homme, mais est seulement un être de pensée, quand elle oblige Dieu à se transformer en homme, et attend qu’il ait emprunté la forme, les sentiments et le tour d’esprits humains, pour faire de Dieu l’objet de son adoration et de son culte.  Je n’ai fait que trahir le secret de la religion chrétienne, que déchirer un tissu de mensonges et de tromperies plein de contradictions de la théologie, et sans doute, j’ai commis là un sacrilège.



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