Version imprimableSend by email

Attention, le contexte d'écriture de ce document est catéchétique et monastique, il est donc offert ici à titre de réflexion méditative pour les enseignants. Il n'est sans doute pas opportun de le présenter tel quel aux élèves pour qui il pourrait paraître décalé. Lire l'article en pdf.


Dans toute la Trinité la personne la plus discrète, c’est l’Esprit Saint. Pourtant sans l’Esprit, on ne peut connaître ni le Père, ni le Fils, mais en nous faisant connaître le Père et le Fils, reste discrètement à l’arrière-plan (cf. CEC, 687). Le Christ nous a promis le don de l’Esprit Saint, le Paraclet, pour que « quand il viendra, lui, l’Esprit de Vérité, il nous guidera vers la vérité toute entière » (Jn 16,13). Et cette vérité, ce n’est pas de connaître comment le monde fonctionne de façon scientifique, mais connaître la Vérité, c’est connaître Jésus lui-même. L’Esprit vient nous faire participer à la vie même de la Trinité, il est un peu comme celui qui nous tend la main pour nous faire entrer dans ce mouvement d’amour entre le Père et le Fils.

Quand on parle de l’Esprit Saint c’est important de se laisser saisir par toute la dynamique dans laquelle il nous entraîne : s’il vient dans nos vies c’est pour venir nous sanctifier. « En effet la farine sèche ne peut sans eau devenir une seule pâte, pas davantage nous tous, ne pouvions devenir un en Jésus Christ sans l’eau qui vient du ciel » (St Irénée de Lyon). Sans le don de l’Esprit Saint nous serions tous comme une terre aride qui ne porte pas de fruit. Ouvrir nos cœurs à l’Esprit, c’est pouvoir ouvrir nos cœurs à la Trinité, entrer dans la danse entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

 

Le but de la vie chrétienne : l’acquisition de l’Esprit Saint

Un jour, un jeune laïc, Motovilov, vient trouver St Séraphim de Sarov pour lui poser une question qui le brûle : « quel est le but de la vie chrétienne ? » Et St Séraphim lui répond que le but de la vie chrétienne ce n’est pas l’acquisition de vertus, mener une vie ascétique exemplaire,… mais que le vrai but de la vie chrétienne c’est l’acquisition du Saint-Esprit. Et que tout le reste ne sont que des moyens pour l’obtenir.  Pouvoir accueillir l’Esprit Saint dans ma vie c’est pouvoir commencer à découvrir le vrai visage de Dieu. St Silouane au début du XXe sc. va en faire sa prière : « Seigneur, que tous les hommes puissent te connaître par l’Esprit Saint ! » Connaître Dieu par l’Esprit ce n’est plus le connaître de façon théorique mais c’est vraiment le connaître par le cœur, entrer dans tout l’amour que la Trinité a pour nous.

Le lieu où nous pouvons le mieux découvrir la présence de l’Esprit, c’est la prière. Dès que nous commençons à prier le Christ, c’est l’Esprit qui nous attire sur le chemin de la prière, si je suis aujourd’hui au groupe de prière c’est parce que l’Esprit m’y a attiré (cf. CEC, 2670). C’est fou de se dire que quand on commence à prier que l’Esprit, souvent sans qu’on le sache, nous a poussés à prier. Dans son Evangile, St Luc raconte : « Comme tout le peuple se faisait baptiser et que Jésus priait, après avoir été baptisé lui aussi, alors le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint descendit sur Jésus, sous une apparence corporelle, comme une colombe » (Lc 3,21-22). Vraiment, comme pour Jésus, l’Esprit Saint descend sur nous, quand nous l’appelons dans la prière : « Viens Esprit Saint ! », il vient nous remplir de TOUT l’amour du Père. St Paul dit que « bien plus, l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut » (Rm 8,26). C’est quelque chose que nous avons déjà tous pu expérimenter, que nous ne savons pas prier, mais « l’Esprit intervient en nous par des cris inexprimables » (Rm 8,26) : il vient dire ne nous la parole d’amour du Père et nous tourne vers Lui. L’Esprit est le don de Dieu par excellence : «  Si donc vous qui êtes mauvais, vous savez donner debonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent » (Lc 11,13).

L’Esprit doit pouvoir jaillir dans nos vies pour que nous soyons vraiment libres. « En effet, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant ‘Abba’ » (Rm 8,14-15). On a ici l’explication des cris inexprimables de l’Esprit ; il vient au fond de nous pour crier vers Dieu : Abba, Papa. Alors plus besoin d’être des esclaves, d’être enchaînés : nous sommes enfants de Dieu, créés par Lui pour notre bonheur et il veut nous combler de sa joie.

L’Esprit est la « source jaillissante en vie éternelle » (Jn 4,14) que le Christ promet à la Samaritaine et qu’il veut nous donner à tous. L’Esprit qui habite en nous, nous donne de participer à la Résurrection du Christ, à vivre déjà de la puissance de la Résurrection dans nos vies (cf. Rm 8,11).

 

« Puisque l’Esprit est votre vie, laissez vous conduire par l’Esprit » (Ga 5,25)

Dans la suite de son dialogue avec St Séraphim, Motovilov insiste : comment être sûr de la présence de l’Esprit dans ma vie ? « Alors le Père Séraphim me prit par les épaules et les serrant très forts dit : ‘Nous sommes, toi et moi, en la plénitude de l’Esprit Saint. Pourquoi ne me regardes-tu pas ?’-‘ Je ne peux pas, Père, vous regarder. Des foudres jaillissent de vos yeux. Votre visage est devenu plus lumineux que le soleil. J’ai mal aux yeux…’ Le Père Séraphim dit : ‘N’ayez pas peur ami de Dieu. Vous êtes devenu aussi lumineux que moi. Vous aussi vous êtes à présent dans la plénitude du Saint-Esprit, autrement vous n’auriez pu me voir.’ » Dans notre vie, on ne va pas spécialement faire la même expérience que St Séraphim et Motovilov, mais soyons en sûr que si nous accueillons l’Esprit dans notre vie il viendra nous transfigurer entièrement comme Moïse qui ne savait pas que son visage était devenu tout rayonnant après avoir parlé avec le Seigneur (cf. Ex 34,29).

D’une certaine manière nous sommes lumineux si nous accueillons l’Esprit Saint ; même si nous ne nous en rendons pas compte. St Paul en commentant le fait que Moïse était tout rayonnant après avoir parlé avec Dieu, dit que « le visage  dévoilé,  nous reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, avec une gloire toujours plus grande, par le Seigneur, qui est Esprit » (2 Co 3,18). Séraphim et Motovilov sont tout lumineux, parce qu’ils sont tout transparents à la lumière de l’Esprit. Nietzsche avait une parole très forte qui doit nous interpeller : « Mais vous, si votre foi vous sauve, donnez vous pour être sauvés, vous aussi ! Vos visages ont toujours étés plus dommageables à votre foi que vos raisons ! »

Un chrétien se doit être un illuminé ! Non pas au sens péjoratif du terme, de quelqu’un qui plane, mais un illuminé parce que l’Esprit Saint éclaire toute sa vie, qu’il le remplit de sa lumière et chasse nos ténèbres au loin. On a tous en tête des visages de saint lumineux : St Benoît Labre dont on disait à Rome qu’il était auréolé de lumière à tel point qu’une dame pensait qu’il était en feu, Chiara Luce, Jean-Paul II,… ils le sont parce qu’ils ont acceptés de se laisser conduire par l’Esprit, ils ont abandonné toute leur vie entre ses mains. Notre vie doit devenir un reflet de la Trinité. Pour ça pas besoin d’aller se regarder tous les 5 min. dans un miroir, pour voir si nous sommes bien rayonnants, transfigurés. Non, il suffit d’ouvrir grandes les portes au souffle de l’Esprit et d’accepter de se laisser mener par Lui.

St Paul dans la lettre aux Galates nous donne quelques trucs pour discerner si nous vivons bien sous la conduite de l’Esprit. Il commence par citer les actions qui mènent à la chair : « débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme, rivalités, beuveries, gloutonnerie et autres choses du même genre » (Ga 5,19-21). Dans ce cas c’est clair que nous ne vivons pas sous la conduite de l’Esprit. L’Esprit nous rend libres, mais pas pour que nous puissions assouvir nos tendances mauvaises, mais pour que nous puissions nous mettre au service des autres (cf. Ga 5,13). En opposition à toutes ces actions de la chair, St Paul nous donne la liste des fruits de l’Esprit : « Voici ce que produit l’Esprit amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi » (Ga 5,22-23). Dans le texte grec c’est encore plus fort : il n’y a qu’un seul et unique fruit de l’Esprit : l’amour. Et de cet unique fruit découlent tous les autres : « s’il me manque l’amour, je ne suis rien » (1 Co 13,2).

L’Esprit vient en nous comme l’eau sur le champ pour faire pousser et donner du fruit. L’esprit vient nous faire grandir dans la joie, l’amour, la paix,… Tous ces fruits sont une manifestation de la présence de l’Esprit Saint dans nos vies : sans lui, je ne sais pas aimer comme le Christ m’a aimé. Pour la joie c’est la même chose : l’Apôtre nous invite à être toujours dans la joie (cf. Ph 4,4). Si je veux que cette joie soit profonde, et bien j’ai besoin de la force de l’Esprit ; sans lui ce serait toujours une joie superficielle qui disparaîtra au moindre contrecoup. L’Esprit vient en nous pour nous revêtir de l’homme nouveau, il vient créer en nous un cœur pur (cf. Ps 50,12).

St Paul termine la liste des fruits de l’Esprit par cette belle affirmation : « Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons nous conduire par l’Esprit » (Ga 5,25). Il y a là un choix radical à faire : accepter de se laisser conduire par l’Esprit, c’est accepter de crucifier en nous toutes les tendances égoïstes de la chair, toutes nos passions déréglées. Recevoir la vie de l’Esprit ; c’est entrer dans ce mouvement d’amour de la Trinité. C’est se laisser façonner par l’Esprit pour un bonheur plus grand, une vie plus vraie que tout ce que le monde peut nous proposer.

Encore trop souvent nous nous contentons de prier l’Esprit Saint quand on a un examen difficile à passer, ou une décision importante à prendre (et c’est vrai que c’est bon à ces moments-là de l’invoquer). Pourtant l’Esprit doit être tellement notre vie que même quand on arrache des mauvaises herbes dans le potager, quand on tourne sa cuillère le matin dans sa tasse pour dissoudre le sucre,… on doit le faire en étant rempli de Lui. Chacun de nous a reçu le don de l’Esprit par son baptême et sa confirmation ; et pourtant il est encore souvent enfoui très profondément. « Nous vivons loin de cette source d’où jaillit l’Esprit, il faut donc creuser cette source, la dégager, la dévoiler et la faire surgir en nous » (Jean Lafrance). C’est l’Esprit présent en nous qui est source de sainteté, qui vient nous sanctifier.

Le lieu par excellence pour faire jaillir la source de l’Esprit, comme on l’avait déjà vu, est la prière. On peut être sûr que si on demande : « Viens Esprit Saint ! », il descendra directement dans notre cœur. « Mais là encore il ne faut prier que jusqu’au moment où le Saint Esprit descend sur nous et nous accorde, dans une certaine mesure, connue de lui seul, la grâce céleste. Visité par lui, il faut s’arrêter de prier », nous raconte St Séraphim. Il continue pour expliquer ce qu’il veut nous dire : « Supposons que vous m’ayez invité chez vous (…), mais que, malgré ma présence, vous ne cessiez de répéter : Veuillez entrer chez moi ! Je penserais, certes : Qu’a-t-il ? Il n’a plus sa tête. Je suis chez lui et il continue de m’inviter. La même chose est vraie concernant le Saint-Esprit. » Il faut pouvoir se taire pour que l’Esprit intervienne en nous par des gémissements inexprimables. C’est là, le cœur à cœur, où on est en liaison directe avec la Trinité ; on est plus dans un dialogue de mots mais dans un face à face amoureux.

Recevoir L’Esprit Saint, pour devenir des saints ! Trop souvent encore on pense aux saints à travers leurs œuvres : avec des saints comme le Père Damien, Mère Térésa, Jean-Paul II, … Mais un saint est avant tout quelqu’un qui a mis complètement en pratique la phrase de St Paul : « Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit » (Ga 5,25). Les œuvres viennent après et elles sont un fruit de l’action de l’Esprit Saint dans nos vies. St Séraphim disait à Motovilov qu’on lui avait dit que le but de la vie chrétienne consistait à aller à l’église, de prier, de vivre selon les commandements, de faire le bien, et il continue en disant qu’en fait toues ces pratiques sont un moyen pour acquérir l’Esprit Saint.

 

L’Esprit Saint fait aussi de nous des témoins du Christ ressuscité

« Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). Demander la venue de l’Esprit Saint c’est aussi accepter de se laisser bousculer par l’Esprit. « Le vent souffle où il veut, tu entends le bruit qu’il fait, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né du souffle de l’Esprit » (Jn 3,8). St Paul disait, juste avant d’arriver à Jérusalem : « Et maintenant, me voici contraint par l’Esprit de me rendre à Jérusalem, sans savoir ce que je vais y trouver. Je sais seulement que l’Esprit Saint, dans chaque ville où je passe, témoigne que la prison et l’épreuve m’attendent » (Ac 20,22-23). Dans la société où nous vivons nous ne risquons pas de mourir décapités comme St Paul ; mais on a souvent honte ou peur de témoigner de notre foi, ne sachant pas comment les autres vont réagir. N’ayons pas peur de témoigner de notre joie de croire : l’Esprit est là pour nous inspirer les mots ; il travaille déjà dans le cœur de celui à qui on témoigne. Et si on le fait en tremblant, ne sachant pas quoi dire c’est probablement encore mieux, l’Esprit viens en aide à notre faiblesse, et toute sa puissance peut se déployer. Tandis que si on le fait en étant sûr de soi-même, on risque de ne plus se mettre à son écoute.

 

Pour conclure, tournons notre regard vers Marie.

Dans la liturgie on la chante comme épouse de l’Esprit Saint. Elle est celle qui c’est totalement abandonnée à l’Esprit. Saint Maximilien Kolbe va parler de Marie comme la quasi-incarnation de l’Esprit Saint. C’est dire à quel point elle est habitée par l’Esprit. Pour recevoir pleinement l’Esprit demandons à Marie de nous apprendre à nous faire tout accueil à Lui. Elle était là, à la Pentecôte aux côtés des apôtres pour implorer sa venue elle qui était déjà toute remplie de l’Esprit depuis l’Annonciation. Elle est aussi là à nos côtés pour que nous puissions implorer l’Esprit et nous mettre sous sa conduite.

Lu sur tiberiade.be, le 5 juin 2015.