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Interdire la prostitution, est-ce possible ? Est-ce souhaitable ?

Dans la gestion de la Cité, interdire reste la chose la plus facile à faire. Il suffit de rêver à une société idéale et de prohiber tout ce qui s’écarte de ce modèle !

Interdire la prostitution, cela semble une si bonne idée qu’on se demande pourquoi on ne l’a pas eue plus tôt. La réponse à cette question est dans un des fondements de la démocratie : la liberté de disposer de son propre corps. Ce n’est pas rien ! C’est l’un des quelques droits essentiels sans lesquels aucune des autres libertés n’est envisageable. Et vous remarquerez que tous ceux qui entendent malgré tout remettre ce droit en question tentent de vous étourdir avec des pseudo-principes culpabilisants conçus pour vous asservir à leur échelle de valeurs.

La prostitution libre, ce n’est pas le droit pour les hommes frustrés de jouir, ce n’est pas le droit pour le pouvoir patriarcal d’étendre son empire sur le corps des femmes, ce n’est pas le droit pour le riche de se payer l’intimité des pauvres…

La prostitution libre, c’est simplement le droit pour la personne qui se prostitue de faire ce qu’elle veut […]. Si cela vous choque, alors n’allez pas mettre votre nez dans la liberté des autres.

Que rétorquez-vous à ceux qui disent : « Le corps n’est pas une marchandise » ?

Qu’ils se réveillent ! Le corps est une marchandise. Les ouvriers louent la force de production de leur corps, les personnes prostituées louent la force de libération intime de leur corps. Le reste, ce ne sont que des slogans de bureaucrates qui, de symposium en conférence, oublient qu’ils parlent de personnes réelles sans jamais leur demander leur avis.

C’est tellement plus simple de fourrer la prostitution libre, le proxénétisme et la traite des êtres humains dans un grand épouvantail à combattre sans autre forme de procès. Mais c’est indigne pour les personnes qui se prostituent de leur propre choix.

Comment permettre aux femmes de se prostituer tout en luttant contre les dérives de cette même prostitution ?

Une société démocratique a le devoir de trouver l’équilibre entre le droit, pour les femmes et pour les hommes qui le désirent, de se prostituer et la nécessaire lutte contre la traite et le proxénétisme. Il y a des lois pour condamner ceux qui contraignent des tiers à se prostituer. C’est la Police et les Parquets qu’il faut interroger pour savoir comment améliorer la lutte contre ces fléaux.

Quentin Deltour,  Coordinateur chez Espace P… Liège, une association qui, depuis 20 ans, propose un soutien social, médical, administratif et juridique aux personnes prostituées en Wallonie et à Bruxelles.