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La Création de Dieu...

Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre Et la terre n'était que chaos et aridité et la face de l'Abîme plongée dans l'obscurité; et le souffle de Dieu planait à la surface des eaux. Et Dieu dit: « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. Et Dieu vit que la lumière était bonne. Et Dieu sépara la lumière des ténèbres: et Dieu appela la lumière

« Jour », et les ténèbres, il les appela « Nuit ». Et il y eut un soir, et il y eut un matin premier jour.

Un récit juif pose la question : « Comment situer avec précision le passage de la nuit au matin ? » Cette préoccupation est une première caractéristique de l'homme de la Bible : c'est un être de l'aurore, de la lumière, de l'avenir. Dans la Bible et aussi dans la religion juive d'aujourd'hui les jours, le sabbat notamment, commencent le soir, dans l'attente de l'aube. Un épanouissement. C'est une façon de vivre différente de la nôtre: nous comptons les jours, nous calculons du matin jusqu'à minuit. Une extinction. L'homme de la Bible vit tourné vers l'avenir.

Le titre du premier livre de la Bible, Genèse, signifie aussi bien « le livre des origines » origine de la création de Dieu, origine de l'histoire de Dieu. Non pas un retour nostalgique sur un passé lointain, mais une vision pleine d'espoir.

 

Et Dieu dit: « Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux. » Et Dieu fit le firmament et il sépara les eaux inférieures d'avec les eaux supérieures, et il en fut ainsi. Et Dieu appela le firmament « Ciel », et il y eut un soir, et il y eut un matin deuxième jour. Et Dieu dit: « Que les eaux inférieures au ciel s'amassent en un seul lieu et que le continent apparaisse. » Et il en fut ainsi. Dieu appela « Terre » le continent, et les eaux amassées, il les appela « Mers ». Et Dieu vit que cela était bon.

Le « néant » qui précéda la création est dans le récit: charivari primitif, confusion générale, labyrinthe, en hébreu: tohu wa bohu. Créer, c'est séparer: Dieu sépare le jour de la nuit, l'eau d'en haut de l'eau d'en bas, le continent de la mer.

La Bible est le livre de la distinction. Dans le récit juif auquel nous renvoyions, à la question de savoir quand commence le matin, il est répondu: « Quand tu peux distinguer une figure, identifier celui qui vient vers toi, à ce moment précis, le jour point pour toi. »

Faire la différence. Nous avons dix formules séparatives dans la création. Dix formules séparatives aussi dans les dix commandements. Apprendre à discerner : « Ceci. Pas cela. » Apprendre à voir l'autre comme un visage, un visage en face de toi, qui vient à toi. Non le vague sentiment religieux du « tout est dans tout », mais l'expérience d'un « vis à vis ». Tu te trouves en face de l'Autre : Dieu. Tu te trouves en face des autres : ton prochain. Dans le respect de ce qui n'est pas toi. Le respect, c'est le noyau central.

 

Et Dieu dit: « Que la terre se couvre de verdure, de plantes qui l'ensemencent spontanément, d'arbres fruitiers qui selon leur espèce portent des fruits ayant en eux mêmes leur semence. > Et il en fut ainsi. Et la terre produisit de la verdure, des plantes qui répandent leurs graines selon leur espèce, d'arbres qui portent des fruits ayant en eux mêmes leur semence. Et Dieu vit que cela était bon. Et il y eut un soir, et il y eut un matin troisième jour.

Et Dieu dit: « Qu'il y ait des luminaires au firmament du ciel pour séparer le jour de la nuit, pour indiquer les saisons, les jours et les années; qu'ils servent de luminaires au firmament du ciel pour illuminer la terre. » Et il en fut ainsi. Et Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand pour éclairer le jour et le plus petit pour garder la nuit; et il fit aussi les étoiles. Et Dieu les établit dans le firmament du ciel pour illuminer la terre et pour présider au jour et à la nuit, pour séparer la lumière de l'obscurité. Et Dieu vit que cela était bon. Et il y eut un soir, et il y eut un matin quatrième jour.

Le soleil et la lune ne sont pas des dieux, seulement de grands luminaires. Ils ont été mis à leur place par Dieu. Il ne faut pas avoir peur de ce qui est, dit on, inscrit dans les astres, d'un destin auquel les hommes seraient soumis et dont nous menacent horoscopes et astrologues. C'est la main de Dieu qui conduit tout

 

Et Dieu dit: « Que l'eau grouille d'organismes vivants et que des oiseaux volent au dessus de la terre, face au firmament du ciel. » Et Dieu créa les grands monstres marins et tous les êtres vivants et frétillants, dont l'eau grouille, selon leur espèce, et tous les oiseaux ailés, selon leur espèce. Et Dieu vit que cela était bon. Et Il les bénit en disant « Croissez et proliférez, remplissez l'eau des mers et que les oiseaux se multiplient sur la terre. » Et il y eut un soir, et il y eut un matin cinquième jour. Et Dieu dit: « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce bétail, bestioles et animaux sauvages selon leur espèce. Et il en fut ainsi. Et Dieu fit les animaux sauvages selon leur espèce, et les bestiaux selon leur espèce, et tout ce qui fourmille au sol selon son espèce: et Dieu vit que cela était bon.

Après « la mise en ordre », le récit raconte que tout est richement peuplé. Et ici à nouveau la différenciation: chaque créature selon son espèce, espèce après espèce. Ainsi est conçu un univers ordonné, un tout harmonieux. D'innombrables variétés, quantité de relations, mais chacun à sa place et dans un équilibre l'un vis à vis de l'autre. Et Dieu voit que tout est bien ainsi, très bien. Tov en hébreu.

 

Et Dieu dit: « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il exerce son autorité sur les poissons de la mer et sur les oiseaux du ciel et sur les animaux et sur la terre entière, sur tout ce qui fourmille sur la terre. »

L'homme est investi de la dignité de Dieu. Il peut créer, au nom de son Créateur. En langage biblique : image de Dieu, remplaçant de Dieu sur terre. Il va faire cela avec le même respect que son Dieu. Comme un bon roi qui veut ce qu'il y a de meilleur pour son pays. Comme un bon berger qui conduit ses bêtes au gras pâturage. Voilà ce que Dieu a rêvé pour la terre. Le respect comme ton de base de toute création humaine, même en ce qui concerne plantes et animaux.

 

Et Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il l'a créé, mâle et femelle il les a créés. Et Dieu les bénit, et Dieu leur dit: < Croissez et multipliez vous. »

 

... pour l'homme

Tout le récit de la création est composé pour aboutir à l'homme, Adam en hébreu. Mais un peu plus loin, dans ce qu'on appelle le récit du paradis, Dieu déclare : < Il n'est pas bon que l'homme demeure seul. je vais lui faire une aide qui lui corresponde. » Deux êtres < vis à vis » l'un de l'autre : homme et femme. Pas une simple assistance mutuelle, pas uniquement une réponse au besoin de l'un et de l'autre. Non, aussi un face à face avec un autre qui vous répond, un autre qui demande que vous le respectiez.

 

< ...remplissez la terre et faites en usage et régnez sur les poissons de la mer et parmi les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui fourmillent sur la terre. » Dieu dit encore : < Voici que je vous ai donné toutes les plantes qui portent leur semence sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui portent fruit et semence; ce sera votre nourriture. Également à toute bête de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui grouille sur la terre et qui a souffle de vie, je donne pour nourriture toute herbe verte.

Et il en fut ainsi. Et Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voilà, c'était très bon Et il y eut un soir, et il y eut un matin sixième jour.

Ainsi furent achevés le ciel et la terre et tout ce qu'ils contiennent. Au septième jour, Dieu termina J'oeuvre qu'il avait accomplie. Au septième jour, il mit un terme à la tâche qu'il avait menée à bien Et Dieu bénit le septième jour et le consacra, car il avait alors arrêté J'oeuvre qu'il avait lui même réalisée par son action.

Telle fut la naissance du ciel et de la terre lors de leur création.

 

C'est Dieu lui même qui donne à sa création le rythme travail repos. Et c'est justement par ce rythme que le schéma de la semaine est une bénédiction. Détends toi. Remets toi entre les mains de Dieu. Fais du septième jour un jour à part ou ce qui signifie la même chose un jour saint. Alors pareil jour deviendra une bénédiction pour toi même, pour ton prochain, pour le monde.

Tout le récit progresse vers le point culminant du septième jour. Dieu arrête de travailler et jouit de son oeuvre. C'est ainsi que devra faire le créateur humain.

 

Pas d'harmonie

Le début de la Bible montre le tableau idéal de la création divine. L'harmonie règne entre Dieu et l'homme, chez les hommes entre eux, entre l'homme et la nature.

Mais dans la Bible se dessine aussi le « non » de l'homme : travail de sape du rêve de Dieu. C'est la matière de quatre récits. Quatre événements lamentablement entachés de péché : le paradis blessé ou « la mainmise sur le fruit défendu » ; Caïn et le fratricide; Noé et le déluge; Babel, la tour qui monte à l'assaut du ciel. Dans les récits du jardin d'Éden et de l'arche de Noé, la focalisation se fait davantage sur l'Autre, qui est Dieu. Dans les histoires de Caïn et de la tour de Babel, l'accent est mis davantage sur les autres. sur le prochain.

 

De tous les animaux que Dieu avait créés, le serpent était le plus astucieux. Il dit à la femme: « Dieu a t il vraiment dit que vous ne pouviez manger les fruits d'aucun arbre du jardin ? Par la connaissance du bien et du mal, vous deviendrez égaux à Dieu. » Alors la femme vit qu'il était bon de manger le fruit de l'arbre du bien et du mal. Il était séduisant à regarder. Comme il serait tentant d'en obtenir le don de clairvoyance. Elle cueillit donc un fruit, dont elle mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d'elle, et il en mangea à son tour.

Détournement subtil de la vérité. Poison sournois. Ruse de serpent. « Il n'est tout de même pas vrai que vous deviez vous écarter de tous les arbres... » Du bien et du mal, les hommes veulent décider par eux mêmes dans un jugement sans entraves. « Tu seras l'égal de Dieu par cette connaissance du bien et du mal. » Pas un remplaçant de Dieu, revêtu de sa gloire, mais ton propre Dieu et maître

Or ils ne deviennent pas des dieux, mais ils découvrent leur honte, leur nudité. « Je voulais me cacher de Toi. » Toute harmonie a disparu. La promenade avec Dieu dans le jardin a fait place à une dissimulation angoissée. < La femme que tu m'as donnée pour compagne. » L'harmonie des hommes entre eux est aussi perturbée. L'homme se cache de son Créateur derrière la femme, femme que Dieu est accusé de lui avoir donnée. La sexualité risque de perdre son éclat. Le respect et la tendresse mutuels sont menacés par la convoitise et la soif de domination.

Plus d'harmonie entre l'homme et Dieu. Plus d'harmonie entre les hommes. Plus d'harmonie entre l'homme et la nature. Le paradis terrestre n'est plus qu'un sol couvert d'épines et de chardons, qu'il faut travailler à la sueur de son front pour assurer le pain quotidien. Et pourtant, il demeure un espoir! Dans sa tendresse, Dieu couvre la nudité de l'homme, qui comprend maintenant qu'il n'est pas un dieu mais adam de l'adama, à savoir < rejeton de la terre », pris de la poussière pour y retourner. C'est justement dans cette humanité là qu'il peut être le reflet de Dieu, le remplaçant de Dieu, prenant part à sa plénitude, vivant dans sa proximité.

 

L'homme connut Ève, sa femme ; elle fut enceinte et mit au monde Caïn. Ensuite, elle enfanta Abel, son frère. Abel fut berger et Caïn cultivateur. Ces personnages sont représentatifs de deux sortes de gens. Caïn et Abel servent de modèles pour l'être < différent ». A t on du respect pour les différences ? Accorde t on à l'autre étrangement proche que l'existence paraisse lui sourire davantage qu'à soi même 7 Le langage biblique nous propose cette question au travers d'un récit. Caïn remarquait que son frère réussissait dans toutes ses entreprises. Il devint jaloux d'un si grand bonheur. Il pensait : < Dieu le voit d'un meilleur oeil que moi. Ses offrandes sont acceptées, les miennes pas. » Et Dieu demanda à Caïn: < Pourquoi cet air irrité ? Celui qui veut le bien est joyeux. Si tu nourris de mauvais projets, le mal est tapi à ta porte comme une bête de proie. Comment feras tu pour le dominer ? » Caïn dit à son frère: < Allons nous promener un peu. » Ils n'étaient pas encore loin que Caïn sauta sur son frère et le tua.

Dieu nous donne l'autre comme sueur ou frère. Mais nous répondons : « Suis je donc le gardien de mon frère ? » Et pourtant, il y a ici à nouveau une étincelle d'espoir. Dieu protège le coupable : Il le marque d'un signe distinctif pour que personne ne le tue. Dieu dit: « Qui te touche Me touche! » Ainsi Dieu enraie le processus dé vengeance et de violence.

 

De la ctatstrophe à l'Alliance

Dans le récit relatif à Noé et au déluge, la figure centrale est le totalement autre, à savoir Dieu. Dans l'Orient ancien, il existait beaucoup de versions parallèles de cette catastrophe des premiers temps de l'humanité. Les exégètes de la Bible passent les textes au peigne fin. Des archéologues recherchent l'arche. Mais quel est le message ? Les hommes ont réduit la création de Dieu à un embrouillamini, un fouillis : tohu Wa bohu. Une ancienne tradition rapporte que les fils des dieux épousaient les filles des hommes. Le divin et l'humain se confondaient. Ou bien, comme à notre époque: là où la foi véritable disparaît, se développe une fausse religion. Là où Dieu n'est pas vraiment Dieu et l'homme pas vraiment homme, naissent sectes, New Age, culte des idoles, faux dieux, pratiques magiques. Les hommes deviennent des dieux et les dieux, des hommes.

Dieu veut reprendre sa création au point de départ. Pas une expédition punitive, plutôt une opération de sauvetage. Il arrive assez souvent dans la Bible que par la volonté d'un seul, l'humanité, la race humaine soit sauvée. Par la volonté de Noé, par la volonté du Messie... L'arche conserve précautionneusement toute vie. L'arche refait de la terre un paradis, un jardin d'Éden. Par la volonté de ce seul homme, la terre a été sauvée.

L'arc en ciel est le signe de la promesse de Dieu, de l'alliance de Dieu. une promesse faite sous serment. « Je place mon arc dans les nuages. Il sera le signe de l'alliance entre Moi et la terre. Quand je rassemblerai des nuages sur la terre et qu'on verra mon arc dans les nuages, Je me souviendrai de mon alliance entre Moi, vous et tout être vivant, quel qu'il soit; les eaux ne se gonfleront plus jamais en un déluge qui extermine tout ce qui vit. Quand l'arc sera dans la nuée, je me rappellerai à sa vue l'alliance éternelle entre Dieu et tous les êtres vivants, tout ce qui vit sur terre. Aussi longtemps que la terre durera, il y aura le temps des semailles et celui de la moisson, le froid et la chaleur, l'été et l'hiver, le jour et la nuit. Jamais cela ne s'arrêtera » (cfr. Gn 9, 13 16). Dieu garantit la survie de la terre contre les caprices du coeur humain. Plus jamais, par le fait de l'erreur humaine, des catastrophes ni le déluge n'anéantiront la terre. Dieu promet d'être fidèle à sa création. Une alliance inébranlable.

Après le déluge se constitue une nouvelle communauté humaine. La Bible donne une liste impressionnante des tribus dans les différents pays. Chacune avait sa langue propre, son pays et sa nation.

 

L'histoire de Babel constitue le pôle opposé. Ici on dit: « Tous les hommes sur terre parlent la même langue. » Une langue, une idée, un chef. Plus le respect des différences, mais le nivellement. La troupe. La masse qui marche comme un seul homme. C'est ça l'utopie de Babel avec ses tours de temple païen : « Tous les hommes sur terre doivent dorénavant parler une même langue et employer les mêmes termes. » Ainsi nous nous ferons un nom. Ainsi nous serons notre propre seigneur et maître. Ainsi nous aurons le pouvoir absolu de Dieu

Le récit biblique imagine un immense gratte ciel. Une tour qui, comme un bélier, enfoncera la porte du ciel. Le respect de Dieu et du prochain disparaissent dans une masse anonyme et incolore. Tous pensent et disent au même moment la même chose. De façon prévi sible. Programmée. Dieu va intervenir contre cette utopie. Non par jalousie ou défense per sonnelle, mais pour protéger l'homme contre lui même. Par respect pour « l'être différent » des uns et des autres. Dieu remet les hommes sur la bonne voie. Une nouvelle ère commence Chemin faisant, au fil des générations, à la rencontre de la Pentecôte; car la Pentecôte est le contraire de Babel. Là, ce n'est pas l'homme qui prend le ciel d'assaut pour devenir Dieu, mais Dieu lui même qui nous offre les uns aux autres. Chacun avec son visage. Il ne s'agit pas d'effacer le caractère propre du prochain, mais bien de respecter chaque être dans sa différence. À la Pentecôte, comme il a été rapporté, « chacun entend l'autre parler dans sa propre langue maternelle, Parthes, Mèdes, Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l'Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l'Égypte et du territoire de Libye, Romains, juifs et prosélytes, Crétois et Arabes... » (cf. Ac 2, 8 11).

 

Une nouvelle langue, un seul esprit. « Je reste avec vous jusqu'à la fin des temps. »

Lu sur Tibériade.be, le 5 juin 2015.