Une maman découvre, effarée, que le bébé qu'elle porte est atteinte de trisomie 21. Des jeunes adultes et enfants trisomiques lui répondent.


Cette vidéo a reçu un avis défavorable du CSA ! L'article ci-dessous reprend une partie de cette polémique.

Choqués par la décision du Conseil supérieur de l’audiovisuel censurant un clip de sensibilisation sur la trisomie 21, sept jeunes porteurs de cette maladie ont déposé un recours devant le Conseil d’État. Ils réclament d’être reconnus et acceptés sans discrimination.

C’est du jamais-vu. Sept jeunes porteurs de la trisomie 21 viennent de saisir le Conseil d’État pour faire annuler la décision du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) qui avait censuré, en juillet, la vidéo « Dear future Mom » (« Chère future maman »). Ce clip, qui mettait en scène plusieurs trisomiques français et étrangers, avait été diffusé gracieusement sur plusieurs chaînes de télévision à l’occasion de la Journée mondiale de la trisomie 21. Reprise sur internet, cette vidéo avait été vue par plus de 5 millions de personnes à travers le monde.

Mais pour le CSA, les chaînes de télévision ont commis une faute en relayant ce clip, estimant que celui-ci n’était pas d’intérêt général et qu’il pouvait générer un trouble chez certaines femmes qui avaient ou pourraient décider de ne pas garder le fœtus porteur de trisomie.

« Bien qu’ayant été diffusé à titre gracieux, [ce clip] ne peut pas non plus être regardé comme un message d’intérêt général, au sens de l’article 14 de ce même décret, puisqu’en s’adressant à une future mère, sa finalité peut paraître ambiguë et ne pas susciter une adhésion spontanée et consensuelle », a écrit le CSA dans sa décision du 25 juillet 2014. Ainsi, la campagne « Dear Future Mom » aurait dû « être valorisée par une diffusion mieux encadrée et contextualisée, par exemple au sein d’émissions ».

Des citoyens à part entière

« Ces jeunes ont été choqués par la décision du CSA, explique Corinne Bebin, la mère de l’un des sept plaignants. Ils se sentent stigmatisés. “J’ai mal”, dit l’un d’entre eux. » Mise au courant de l’avis du CSA par sa mère, une des jeunes actrices du clip – mineure – a décidé cet été de réunir douze de ses amis pour visionner le clip ensemble et partager sur la décision de l’autorité publique. « Ils se sont interrogés pour savoir s’ils devaient s’exprimer publiquement ou non. » Sept ont répondu par l’affirmative. « Le recours pour excès de pouvoir a été déposé ces derniers jours devant le Conseil d’État, qui en a accusé réception », indique Corinne Bebin.

L’intention des six adultes et de la mineure représentée par sa mère n’est pas de réclamer des indemnisations au CSA, mais de faire passer un message : « Ils demandent que leur parole puisse être exprimée librement, et qu’elle n’ait pas besoin d’être contextualisée. Ce sont des citoyens à part entière, avec les mêmes droits ».

Un sentiment de rejet trop fréquent

L’allusion à l’interruption médicale de grossesse les a particulièrement touchés. « Ils en ont assez d’entendre que leur existence est systématiquement entachée d’ambiguïté », témoigne Corinne Bebin. D’ailleurs, ni le clip ni ces jeunes ne font la moindre allusion à l’interruption médicale de grossesse. « Ils ignorent tout de cette problématique : eux, ils sont vivants, ils ont une conscience aiguë de leur handicap et demandent juste des regards bienveillants au lieu du rejet qu’ils perçoivent trop souvent. »

Afin d’éviter toute manipulation, le consentement des six majeurs non protégés et de la mineure a été recueilli en dehors de toute pression. Pour preuve, le mémoire adressé au Conseil d’État a été complété d’une vidéo de 2 h 30 où chacun s’est exprimé librement.

Antoine Pasquier

Lu sur  www.famillechretienne.fr, le 18 mars 2015.



Étiquettes: