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S’ouvrir à soi et s’ouvrir aux autres. 

 

« Le thème de la réconciliation est un thème fondamental dans la vie des êtres humains. Il l'est aussi dans l'Ecriture Sainte. Depuis le livre de la Genèse jusqu'à l'Apocalypse, nous y lisons comment Dieu crée des relations, les guérit et les restaure lorsqu'elles ont été brisées. » M.Noëlle von der Recke.

 

Avant de commencer, il faut d’abord décider de prendre ce chemin : se réconcilier est un chemin risqué. Lorsque la relation a été brisée, la confiance est perdue. Il faut prendre le risque de croire qu’une nouvelle confiance peut être établie. Pourquoi prendre ce chemin de la réconciliation qui passe par le pardon ? Toutes les victimes qui ont pardonné s’accordent à dire que cette démarche les a libérée, qu’elle a même insufflé une nouvelle énergie dans leur vie. La première étape pour se réconcilier est de se réconcilier avec soi-même :

Faire cesser la blessure : La réconciliation doit commencer par un acte de courage qui consiste à faire cesser l’offense. Il faut donc décider de ne plus souffrir, et sortir de la violence subie, quitte à mettre de la distance entre soi et le responsable de sa douleur. Dans les cas particulièrement graves, la plainte déposée en justice peut être le seul moyen de franchir cette première étape et de mettre le coupable face à ses responsabilités. Pardonner à un agresseur n’empêche pas de porter plainte. La justice, rendue au nom de la société, objective la faute, reconnaît la blessure et désigne le coupable.

Reconnaître la blessure et avouer la souffrance : Reconnaître que l’on a été blessé intérieurement est important, c’est essentiel d’entrer en contact avec sa blessure intérieure, même si on préférerait oublier. C’est une étape difficile qui augmente la souffrance, alors on va faire toutes sortes de rancœur pour éviter cela : on va essayer d’excuser l’autre personne, de lui pardonner beaucoup trop rapidement, on va oublier l’offense. Ces mécanismes de défense enfouissent la souffrance, la haine et la rancœur quelque part dans l’inconscient, où leur force destructrice continue d’opérer avec encore plus de violence. 

Mettre des mots sur la blessure : Dire à un autre ou écrire ce qui s’est passé. Cela permet d’objectiver la blessure que l’on a vécue. Pour reconnaître l’offense, on a besoin d’en parler à quelqu’un, cela permet de dépasser la culpabilité personnelle. L’autre reconnaît notre souffrance. Il s’agit également d’identifier ce qu’on a perdu dans cette blessure.  Par ailleurs, il est important de séparer l’offense elle-même de mon ressenti et de l’interprétation que je m’en donne : mon ressenti peut-être exacerbé par un fait similaire, plus ancien, non soigné, et qui me fait réagir à l’offense présente de manière disproportionnée. 

Accepter la colère et  l’envie de se venger : La colère, en tant que sentiment, est une bonne chose quand elle répond à une blessure. Elle me signale qu'il y a eu atteint à l'intégrité de mon territoire et de plus, elle met à ma disposition l'énergie dont j'ai besoin pour rétablir mes frontières. Je dois simplement veiller à ne pas la laisser se dégrader, ni en jugement qui réduit l'autre à son acte inacceptable, ni encore moins en passage à l'acte destructeur. 

Se réconcilier avec soi-même : La plupart des victimes se sentent paradoxalement coupables de ce qui leur est arrivé. Il faut rétablir l'unité à l'intérieur de soi. Comment refaire cette unité intérieure ? Toutes les fois que l'on vous blesse, il y a une partie de vous qui devient agressée et une autre partie qui devient agresseur. Se guérir, c'est refaire l'unité entre ces deux parties-là. Arrêter de s'agresser intérieurement. Il faut harmoniser les différentes parties de soi : la partie victime, celle qui souffre qui a été atteinte et l'autre qui a été contaminée et qui est devenue agresseur à l'intérieur de vous. La partie de vous qui a été contaminée, c'est la partie qui voulait vous défendre, qui voulait survivre. Il y a donc une partie de vous qui vous agresse et une autre partie qui souffre. C'est important de reconnaître ces deux parties. Quand on les a bien regardées, peu à peu, on les laisse se rejoindre. Souvent se réconcilier avec soi-même, donne un sens à sa blessure.                               

 

Ces cinq étapes aboutissent au pardon intérieur. Il ne faut pas confondre pardon et réconciliation. Le pardon n’impose pas de réconciliation avec l’offenseur si celui-ci n’a pas changé de comportement. Dans certaines situations, il est mieux qu'il n'y ait pas de réconciliation physique, si la personne n'a pas changé, si elle peut vous agresser et vous faire du mal. Dans toutes ces situations, le pardon est tout de même possible, car c’est une disposition du cœur. D’autre part, même si la réconciliation est possible, il ne faut pas s’imaginer que la relation sera comme avant l’offense. Dans ce processus, le temps est essentiel. Se réconcilier, c'est tout sauf passer l'éponge. Une réconciliation accordée trop rapidement peut être perçu par le coupable comme une absolution. Cela serait un leurre pour la victime, qui éprouverait encore du ressentiment, même inconsciemment. 

 

 

Voilà les étapes de cette réconciliation :

Tendre/Accepter la main à/de l’autre : Je dois lancer à l'offenseur une invitation à rebâtir la relation ou accepter l’invitation que me lance l’autre. Nous prenons un risque, mais le risque est le fondement de toute relation constructive. Si toutes les parties au conflit envisagent la perspective d’une réconciliation dans un esprit d’ouverture, la prise d’un risque mineur conduit souvent à l’établissement d’un climat de confiance suffisant, pour susciter la prise d’un risque plus important. Cette dernière renforce à son tour la confiance retrouvée.

Dire et parler à l’autre : Il faut se dire à l’autre. Parfois cette démarche passe par un tiers présent, cela peut être la justice ou un professionnel. C’est important de dire ce qui nous a blessé à l’autre. Dans ce moment, on dit « je », « voilà ce que j’ai ressenti », « voilà ce que tu m’a fait », « voilà ce que j’ai compris… ».

Écouter l’autre : Écouter ne veut pas dire excuser. Comprendre comment il a été éduqué, quelles sont les blessures qu'il a eues dans sa vie, cela nous amène à un autre regard. Le philosophe Paul Ricoeur appelait ainsi à « ne pas limiter un homme à ses actes, aussi monstrueux soient-ils ». Cela permet de remettre le geste de l'autre dans son contexte concret. Dans cette perspective, n'oublions pas de nous rappeler que l'offenseur est un être humain qui ne peut être réduit à l'aspect mauvais de son geste. 

Négocier pour réparer la blessure : Pour se réconcilier, il faut choisir de ne pas se venger, mais chercher ensemble des solutions pour réparer la blessure. La vengeance donne l’impression de rétablir la justice. C’est une illusion. La vengeance exalte la blessure. Se venger, c’est faire ressentir à l’offenseur le mal ressenti. Se réconcilier demande d’entrer dans la négociation : Quelle que soit la nature des préjudices subis, il est indispensable d’entamer des négociations, pour répondre aux besoins présents qui résultent de préjudices plus anciens. La négociation vise à rétablir un climat qui permet de répondre aux besoins résultant des préjudices infligés dans le passé.  Ces besoins présentent parfois une dimension émotionnelle ou symbolique : entendre l’admission d’une erreur et les excuses qu’elle réclame. L’auteur de préjudices a besoin de la négociation pour échapper à l’emprise paralysante de la culpabilité. La victime de préjudices a besoin de la négociation pour n’avoir plus à condamner la partie adverse. 

Prendre le risque d’une nouvelle relation : Il s’agit de tourner la page. On accepte d’avoir eu une tranche de vie douloureuse qui fait partie de son histoire. Comment savoir si nous avons pardonné ? Quand nous ne ressentons plus ni colère ni rancœur à l’encontre de l’offenseur. On redevient ainsi acteur de sa vie, on ne la subit plus. On est ainsi libéré des chaînes de la rancune.  «Le défi n'est pas de pardonner et d'oublier. Le vrai honneur vient dans la capacité de pardonner tout en continuant à se rappeler.»

 

 

Bricolage : Les papillons.

  • Couper une feuille A4 en deux.
  • Plier cette demi-feuille en deux. Reproduire la main en chablon avec le pli vers le poignet
  • Découper la main sans découper le pli. Cela donne deux mains attachées. Reproduire le corps du papillon.
  • Découper le corps
  • Coller le corps sur les ailes
  • Colorier et décorer le papillon

 

Rappel de l’histoire par rapport aux papillons : expliquer les dix doigts de la main en les dépliant chaque fois :

  1. Une relation peut se recroqueviller dans un cocon quand on a été blessé ou quand on a blessé. Vouloir se réconcilier, c’est comme sortir un papillon de son cocon. Il faut déplier délicatement les ailes.
  2. Premier doigt : faire cesser la blessure. C’est important de ne plus vouloir que l’autre nous blesse, et c’est important de se protéger. Comment ? En s’éloignant et en parlant à un adulte. Dans l’histoire de Joseph, il y a un éloignement physique entre Joseph et ses frères.
  3. Deuxième doigt : Dire, parler : c’est important de dire à d’autres ce qui nous blesse. Dans l’histoire de Joseph, les frères se parlent entre eux et se racontent leurs blessures.
  4. Troisième doigt : Accepter la colère : c’est normal d’être triste, en colère, et de souffrir. La dernière fois, on a fait des boules de colère, c’est important de les faire pour sortir ce qu’il y a au fond de nous. Autrement, cela reste… Joseph a dit sa colère en traitant ses frères d’espions.
  5. Quatrième doigt : Faire la paix avec soi-même. Vous avez des qualités, vous êtes aimables et aimés de Dieu et des autres. Ainsi on peut faire la paix. Joseph est un homme blessé par ses frères, mais aimé par son père et reconnu par le pharaon. Ainsi, il peut aller vers ses frères, pour faire la paix avec eux.

 

Pause : Pour déplier l’autre aile, il faut être deux. Parfois, ce n’est pas possible. Souvent, on a besoin d’aide. 

 

  1. Premier doigt : C’est important de se poser des questions comme : pourquoi l’autre nous a-t-il blessé ? Est-ce qu’il était blessé lui-même ? Qu’est-ce qu’il ressentait ? Est-ce que l’autre a des qualités ? les frères ont blessé Joseph car ils étaient jaloux. 
  2. Deuxième doigt : Prendre du temps. Joseph a pris du temps avant de pardonner à ses frères. Il a fallu deux voyages de 400 kilomètres.
  3. Troisième doigt : Faire un pas vers l’autre : Joseph a écouté ses frères et il leur a offert un repas.
  4. Quatrième doigt : Négocier la blessure. Joseph a eu besoin d’être sûr que ses frères allaient défendre le petit dernier. Il voulait que ses frères ne fassent pas la même chose. Cela lui a suffit.
  5. Cinquième doigt : Vouloir rétablir la relation. Joseph a osé pleurer devant ses frères et leur a dit des mots très forts. Après, ils ont fait la fête.

 


D’après Jean Montbourquette,  Gabrielle Rubin et Nicole Fabre, Dr. Joëlle Gaillard-Wasser, Sr Claire Desmarais, CSC, Ron Kraybill.

Vu sur http://enfance.eerv.ch, le 3 juin 2013.

 

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