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« Un scientifique peut-il se fonder sur la Bible pour connaître la nature ? »

« La cosmologie biblique repose sur une vision antique du monde, or la science a beaucoup progressé depuis. Que dit la Bible au sujet de l’univers ? Que toute la Création s’est formée autour de la Terre. C’est la première création dans l’Univers (Genèse 1.1), avant même qu’apparaissent la lumière (Genèse 1.3), le Soleil, la Lune et les étoiles (Genèse 1.16). Le Soleil apparaît très tardivement, après même la végétation (Genèse 1.12). La place centrale de la Terre fait que le Soleil tourne autour d’elle (Josué 10.12-13). Un grand nombre de versets bibliques nous informent que le Soleil se lève et se couche, changeant constamment de lieu (Ecclésiaste 1.5), tandis que la Terre reste fixe (Job 26.7). Le ciel est une raqia, c’est-à-dire une voute solide (Genèse 1.6-8) qui retient le Soleil, la lune, les étoiles et les nuages chargés d’eau. Mais il suffirait que la voute céleste se retire pour que tous les étoiles tombent sur la Terre (Apocalypse 6.13-14). Cela signifie que la masse gravitationnelle de la terre est absolument supérieure à toute autre réalité physique dans l’univers. Le modèle biblique est géocentrique, tandis que le modèle moderne de la science est héliocentrique. Or seul le modèle scientifique moderne est cohérent, explicatif et prouvé. Si un scientifique devait s’appuyer sur la Bible, cela constituerait une véritable régression dans l’étude de la nature. Pourrait-on encore croire aujourd’hui que le Séjour des morts se trouve sous la terre, et qu’il suffise d’atteindre le sommet d’une montagne pour trouver le trône de Dieu dans les cieux, comme l’affirment un nombre considérable de textes bibliques sur un ton très sérieux ? Un scientifique ne peut pas se fonder sur la Bible pour étudier la nature, car en plus d’être une faute méthodologique, ce serait s’enfermer dans un modèle cosmologique périmé. »

« Si les modèles biblique et scientifique de l’univers se contredisent, cela n’implique t-il pas que la faveur de l’un conduit à l’exclusion de l’autre ? »

« Cela dépend si nous lisons le texte biblique de manière littéraliste ou allégorique. Si nous admettons littéralement la Bible, alors nous devons accepter que la Terre soit le centre de l’Univers, et que la science est fausse. Mais alors nous devons aussi admettre que Dieu est de nature minérale, puisque la Bible dit que Dieu est le rocher des hommes. De son côté, la science réfuterait l’existence de Dieu. En effet, la Bible dit que Dieu est dans le ciel, pourtant Gagarine, le premier cosmonaute à avoir voyagé dans l’espace, constata : « Dieu n’existe pas, je ne l’ai pas rencontré ». Evidement, nous ne pouvons pas lire la Bible de manière littérale. Nul ne considère que Dieu soit un rocher. En cas de doute, la structure du texte même de la Genèse indique que l’interprétation allégorique est nécessaire. L’ordre de la Création dans les chapitre 1 et 2 sont incompatibles : en Genèse 1, la Création commence par la végétation, les animaux et enfin les hommes ; tandis qu’en Genèse 2, la Création commence par l’homme, la végétation, les animaux et enfin la femme. D’après la tradition juive, ces textes ne sont pas descriptifs, mais ils ont une portée éthique. Ces textes n’ont pas de valeur scientifique, pas plus que nous serions contraint d’admettre que Dieu est un minéral, ou que son trône soit effectivement dans le ciel.

« Pourtant nombreux sont ceux qui lisent la Bible de manière littérale. N’aurait-il pas été plus simple que la Bible soit écrite dans un langage descriptif et littéral plutôt qu’allégorique, afin d’éviter toute confusion ? »

Tout simplement parce que personne n’aurait pu comprendre une telle Bible. Imaginez un livre qui aurait tenté d’expliquer la mécanique quantique à des hommes qui avait pour principale activité une agriculture rudimentaire, comme c’était le cas du peuple hébreu. Un tel livre aurait été contreproductif, les hommes n’auraient rien compris, et auraient perdu de vue le message central de la Bible, à savoir : rechercher Dieu. En adoptant un modèle cosmologique primitif et anthropocentrique, le texte tend à devenir accessible au plus simple des hommes.

« Les théologiens qui s’appuient donc sur la Bible pour formuler des objections contre les scientifiques sont donc complètement hors-propos ? »

« Absolument. Ils font un remake de l’affaire Galilée. Aujourd’hui, aucun théologien (à ma connaissance) ne soutient un modèle géocentrique, preuve que cette question ne concerne pas la foi. Aucun n’admet que Dieu soit une pierre, et pourtant quelques uns soutiennent que l’univers a été créé en six jours, il a six mille ans, etc. C’est tous simplement absurde. En affirmant cela, ils contredisent la Bible elle-même, qui indique que ces textes sont allégoriques. De plus, ils bafouent complètement un des principes fondamentaux de lecture : pour comprendre un texte, on n’isole pas chaque détail, mais l’on se concentre sur la structure du texte, son message central. Or la Bible se moque de la Création, ce qui l’intéresse, c’est d’appeler l’homme à se tourner vers Dieu. Ceux qui contestent les avancées de la science prennent le risque de rejeter l’œuvre Dieu lui-même, car ils ne peuvent savoir si celle-ci dit vrai ou faux.  De tels débats sont préjudiciables pour l’Eglise, comme c’est le cas dans l’affaire Galilée. »

 

lu sur www.epistheo.com, le 30 septembre 2013.